Opération
reliques
périple véridique en camping-car de cinq comparses au cœur
de la catholicité et de l’Italie des Saints (été 2008)
La fine équipe
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| Le scribe inspiré | La Muse
attentive |
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Le
jeune, prometteur et calculateur
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Le
conducteur méditant
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Le Cerveau
- âme de l’opération - spécialisé dans la photographie et la radioscopie
des esprits, à peine dissimulé sur un tronc pendant qu’il traque… A ses
côtés, le jeune erre nonchalamment, le mala à la main. |
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La
bête rutilante dans son enclos au côté des siens avant le départ - pas
encore amochée - et sans laquelle rien n'eût été possible…
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Il aura fallu acquérir la conviction de la réalité des biographies[1] des Saints catholiques - qui ponctuent l’histoire de la chrétienté comme celle de toute religion - après lectures, réflexions et eucharisties, pour entreprendre lors de l’été 2008 un voyage de deux bonnes semaines en Italie avec un petit groupe de cinq comparses, unis par une même motivation : entrer en contact rapproché avec la trame de bénédictions émanant du flux ininterrompu de grâces qui prend sa source en Jésus-Christ depuis plus de deux mille ans maintenant[2]. Mais ce motif hautement spirituel n’enlève rien au charme d’une balade confortable dans un véhicule première classe, bien loin des véritables pèlerins d’autrefois qui traversaient des régions entières à pied en mendiant leur nourriture…
1/
Rome, objet de tous les embellissements
Point de départ
obligé dans la capitale illustre: Rome. La ville tient toutes ses promesses.
D’une richesse culturelle proprement
inouïe, (comme toute l’Italie) elle satisfait l’œil, le toucher et la mémoire,
stimulées conjointement par une Beauté passée mais inactuelle[3], qui
aurait presque tendance à occulter le tragique de notre condition humaine.
Le mystère de la Croix a engendré en Occident une matrice de science et de
beauté[4],
au point de faire passer cette dernière pour un substitut de la vérité. Car
il est toujours tentant de s’installer dans la terre pure qui émerge spontanément
de l’impulsion initiale donnée par l’Avatar, plutôt que dévoiler l’essence
nue sans embellissements. ( Cf notre article De
l’incomplétude des terres pures ) Nous n’allons pas poursuivre plus
avant notre louange romaine et notre digression, ni faire la liste de toutes
les merveilles, car de brillants personnages l’ont déjà mis sur papier admirablement,
ce qui nous mènerait à des redites superfétatoires. Invitions simplement chacun
à aller visiter la capitale et se diriger là où son cœur et sa curiosité le
mènent : catacombes, sept églises et autres, fontaines, musée du Vatican,
Saint - Pierre de Rome, Colysée, palais Borghèse…. A chacun de définir ses
priorités suivant ses goûts et inclinations et de suivre le guide.
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Fontaine
de Trevi
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Place
St Pierre de Rome
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Dans
les jardins du palais Borghèse
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Tableaux
allégoriques du musée du Vatican qu’on pourrait appeler « le paysan
et la Dame », et quelques autres parmi des milliers…
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La
Piéta de Michel-Ange
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2/
Rencontre avec les Saints martyrs
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| Reliques de Saint
- Pierre |
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Après la visite
obligée des reliques de SaintPierre le fondateur[5], et
la contemplation des instruments qui ont servi à son martyre (des chaînes
rouillées et des clous pointus), nous commençons à comprendre avec stupeur
à quelle sauce nous allons être mangés nous pénétrons plus avant
dans cet univers chrétien. Loin d’être un lieu paradisiaque où l’âme est embellie à un moindre coût,
l’on découvre que le prix à payer pour entrer véritablement sur les traces
du Sauveur est considérable : rien de moins que sa vie, le plus souvent
dans des conditions atroces. De quoi rebuter bien des ardeurs juvéniles,
dissuader les âmes les plus entreprenantes et éprouver les candidats sérieux
au moyen de solides arguments ! Nous observerons une constante tout au long
de notre voyage : les Saints chrétiens meurent généralement tôt, une
fois que leur vocation a été affirmée. Pour quelle raison, s’enquiert l’amateur
de théoscopie ? Car
leur chemin de croix est le plus souvent harassant, et s’accompagne de maladies
et de terribles épreuves pour racheter le poids de l’humanité souffrante sur
les traces du Crucifié. Si on veut vivre longtemps et se donner à Dieu, la
voie chrétienne est d’autant plus dangereuse qu’elle peut s’ouvrir soudainement,
car la porte sera toujours entrebaillée. Il n’y a plus qu’à frapper…. Bien
sûr, il n’y a aucun masochisme ni aucune tendance morbide chez les vrais disciples,
juste la volonté inflexible de s’arracher au joug de la pesanteur terrestre
et la connaissance juste du prix à payer pour gagner le Ciel. Contrairement
à l’idée dominante aujourd’hui, le Paradis ne s’obtient pas par un effort
minimal et syndical. Même si la religion s’adresse à tous dans son message,
en particulier sous la forme catholique, seule une minorité peut vraiment
la vivre jusqu’au bout. Cela veut dire qu’elle ne s’adresse pas à une minorité
d’initiés - à une triste élite spirituelle élue et capable de dominer
les autres - et qu’elle n’est pas non plus démocratique dans son principe.
Elle demande à la personne une somme
de renoncements et d’efforts directement proportionnels aux grâces qu’elle
recevra du Ciel. Mais Dieu ne contraint personne et est toujours bienveillant.
Il demande une libre adhésion à son Royaume pour comprendre ses Mystères.
L’effort et la grâce existent en relation d’interdépendance l’un et l’autre,
comme les deux faces d’une même pièce[6]. Si
on veut tout, il faut tout donner, sacrifier sa vie individuelle avec sa séparativité
inhérente. Autrement, point de salut. Ces paroles sont difficiles à entendre
aujourd’hui, à une époque où tout peut se monnayer et s’acheter à bon compte,
mais traduisent la stricte vérité et sont conformes aux vues des Saints. Naturellement,
on donne que ce qu’on est capable de donner à un moment donné - de telle sorte
qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter outre mesure ni d’affoler notre entourage
-, mais cette capacité peut heureusement s’accroître avec la pratique.
Ce talent ne dépend
pas forcément de l’instruction reçue préalablement ni de l’âge. Nous pouvons
songer à Bernadette de Soubirous, aux jeunes enfants lors des apparitions
de Fatima, à Sainte Thérèse de Lisieux et bien d’autres encore... Le don des
langues procure une compréhension spéciale du sens des écritures et de bien
d’autres choses, sans apprentissage préalable. Il se définit et s’appréhende
comme une clarté surnaturelle qui vient directement et tombe du ciel[7]. Nous rencontrons là un motif qui sera récurrent lors de notre
voyage : la sainteté d’enfants morts très jeunes, pour lesquels les affres
de la maladie ont constitué un vecteur spirituel et les ont rapproché du Christ
qu’ils ont su aimer de toute leur âme. L’âge n’attend pas pour la sainteté
chrétienne, et c’est là un motif qu’on devrait méditer quand nous songeons
à l’éducation des jeunes enfants[8]. Et
nous voilà aux prises avec Sainte Agnès, première d’un longue série, dont
on trouve les reliques dans l’Eglise Saint’Agnese in Agone, et dont
voici la petite histoire.
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Sainte
Agnes
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On retrouve
là des éléments essentiels qui font partie de la martyrologie traditionnelle
des jeunes vierges : elles refusent de s’abandonner au mari promis dans
la matière et sont prêtes à tous les sacrifices pour épouser l'époux céleste,
seul pourvoyeur de biens véritables à leurs yeux. Que signifie une telle force
d’abnégation et de caractère ? S’agit-il de l’expression hystérique de personnalités
confuses[9], ou y a-t-il véritablement la révélation des
lois d’un ordre qui échappe aux pauvres mortels englués dans leurs cinq sens ?
L’histoire
et les écritures sont là pour nous édifier et nous répondre par l’affirmative.
3/
Départ et début du tour
Nous abandonnons Rome après avoir pris possession de notre camping-car pour notre tour de reliques. L’itinéraire mûrement étudié nous conduira d'abord vers le sud, puis ensuite vers le nord en une boucle savamment mise au point. Nous espérons que les Saints veillerons sur nous. Pour l’instant la route est agréable et ensoleillée, mais les bords de la côte sont noirs de monde. Le paysage défile tranquillement pour ceux qui devisent tranquillement sur la banquette arrière derrière la petite table du salon mobile (qui sert de lit le soir au Cerveau) ou récitent leur mantra. Notre conducteur et son co-pilote (nous nous relayons à tour de rôle à ce poste de façon plus ou moins heureuse…) réalisent qu’il faudra à l’avenir les éviter et naviguer à l’intérieur des terres, sans quoi nous risquons d’aller trop lentement, alors que les reliques imputrescibles nous attendent impatiemment...
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| Alentours de Nettuno |
Direction la petite
ville de Nettuno et le sanctuaire de Sainte Maria Goretti. Après la nuit passée
au camping et les prémisses d’un premier « satsang [10]»,
qui deviendra un véritable rituel lors de notre périple, direction la basilique
et les reliques de notre Sainte. Une fresque marque l’épisode de sa vie tragique
et du pardon qu’elle a accordé à son violeur et agresseur lorsqu’elle était
encore enfant, un rude et rustique paysan qu’elle convertira par sa douceur
et qu’elle mènera sur le chemin de la foi. Voilà les grandes lignes de l’histoire.
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Sainte
Maria Goretti
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« A
l'âge de onze ans, Maria Goretti est déjà très jolie. Elle fait aussi plus
que son âge, d'où son surnom de « petite femme ». Alessandro Serenelli,
dix-neuf ans, profitant du fait qu'elle est souvent seule, se met à la poursuivre
de ses assiduités. La jeune fille se réfugie dans la prière,
son seul recours : il lui est en effet impossible d'en parler à sa mère
car la survie de toute la famille dépend des terres d’Alessandro. Maria prend
garde à ne jamais rester seule avec le jeune homme. Le 5
juillet 1902, alors qu'elle reprise une chemise
dans la maison (seule avec sa petite sœur qui fait la sieste; le reste de
la famille étant aux champs), Alessandro arrive et entraîne la jeune fille
dans la cuisine. Cette dernière se débat tellement qu'il en devient fou de
rage. Vexé de ne pas parvenir à vaincre la résistance de Maria, il l'attaque
et la poignarde à quatorze reprises. L'enfant est transportée à l'hôpital
où elle meurt le lendemain, après avoir reçu la Communion
pour la dernière fois. Avant de lui donner l'hostie,
le prêtre lui demanda si elle
pardonnait à son agresseur. Elle répondit : « Oui,
pour l'amour de Jésus, je pardonne. Je veux qu'il vienne lui aussi avec moi
au Paradis. Que Dieu lui pardonne, car moi, je lui ai déjà pardonné ».
Elle meurt le 6 juillet à trois heures de
l'après-midi. Alessandro Serenelli fut condamné à une peine de trente ans
de prison pour son crime. Il refusa de se repentir pendant plusieurs années.
Une nuit, en 1910, il rêva
que Maria lui offrait quatorze lys. Ce rêve lui fit réaliser le mal
qu'il avait fait et il se repentit. Après sa libération, qui intervint après
vingt-sept années de détention, il alla voir la mère de Maria, Assunta, et
la supplia de lui pardonner. Elle accepta et ils assistèrent à la messe ensemble
le lendemain, recevant la Sainte Communion l'un à côté de l'autre. Alessandro
Serenelli devint alors un frère laïc capucin. »
(Extrait wikipédia, « http://fr.wikipedia.org/wiki/Maria_Goretti)
Après avoir
fait l’emplette des bondieuseries indispensables et qui vont désormais s’accroître
dangereusement[11], nous repartons dare dare vers
les montagnes : en route pour Caposele et Saint Gerard de Magella, figure
qui tient une place particulière dans notre itinéraire.
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| Caposele à la tombée
de la nuit |
A la faveur
de la pénombre du soir, nous réembarquons à la recherche du camping qui nous
accueillera.
4/
Nature et fonction des reliques
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| Sainte couronne d’épines |
A ce stade
du récit, le lecteur pourrait se demander et douter : mais quelle est
la nature et la fonction exacte de ces reliques ? Pourquoi faire tant
d’efforts pour de la matière poussiéreuse et pas encore réduite complètement
en cendres ? Cette question fut elle-même l’objet d’un débat intense
avant d’aller se coucher. Voilà quelles ont été les conclusions de notre satsang
nocturne animé et de notre expérimentation. Les reliques sont chargées de
puissance spirituelle qu’on appelle « shakti » dans l’Hindouisme,
à mi-chemin entre l’énergie purement spirituelle et la composante matérielle
des éléments. Leur intérêt est qu’elles « conservent » de façon
mystérieuse le puissance propre au Saint et qu’elles ont la propriété
de pouvoir continuer à diffuser cette énergie, même des années après sa mort,
un peu comme une force électromagnétique. Sentant confusément cela, les adeptes
de toutes religions gardent avec soin leurs reliques et en font même parfois
de véritables trafics, au point qu’on ne sait pas toujours ce qu’il en est
des vrais et des fausses. Les adversaires rationalistes du culte des reliques
y ont vu naturellement un motif satisfaisant pour disqualifier une pratique
à leurs yeux superstitieuse et obscurantiste. Malgré cela, la dévotion populaire
envers les reliques n’a jamais cessé. Il doit bien y avoir quelque chose de
vrai dans un tel phénomène universel, et non pas seulement quelque chose de
purement irrationnel et arbitraire[13]. Mais
avons-nous la sensibilité nécessaire pour ressentir l’action réelle d’une
relique outre nos espoirs subjectifs et nos phantasmes ? Un test de reconnaissance
à l’aveugle avec un cheveu d’Amma (relique personnelle de l’un d’entre nous)
n’a pas donné les résultats escomptés, ce qui montre sans aucun doute
que bien du travail reste encore à accomplir avant d’être véritablement devenu
sensible…
5./
Le cas extraordinaire de Sainte – Philomène
5.1/
Biographie terrestre et céleste
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D’après le théologie dogmatique officielle, les Saints agissent sur les vivants
car ils appartiennent à l’Eglise triomphante et participent déjà pleinement
au corps mystique de Jésus dans la communion des Saints[15].
Aussi peuvent-ils dispenser leurs grâces et intervenir dans le monde sensible
pour accomplir guérisons et miracles, même s’ils ne pas tirent pas in fine leur pouvoir de leur propre fond.
Ils connaissent la divinité et ses
desseins sous un mode participatif, et non par identité. Ils sont liés
par l’Eglise du Christ. On peut esquisser une analogie avec le corps mystique des dévots qui bourdonne
autour d’un Maître dans l’hindouisme, et forme lui aussi une unité fonctionnelle
des parties et du tout. L’esprit de vie du Maître rayonne à travers les veines
subtiles des dévots reliés organiquement entre eux. Et ils ne peinent pas
à trouver leur identité propre, car ils ne la recherchent pas. Ils souhaitent
participer, s’agréger, s’intégrer à la nature du Maître plutôt qu’à la leur.
D’ailleurs, cette perspective colle tout à fait avec la proclamation d’un
Soi universel qui inclut et rassemble les petits Soi, à tel point que certains
en viennent à nier l’existence de la réalité de l’âme individuelle au profit
de la totalité.
A l’inverse, les bouddhistes insistent sur l’aspect opposé : ils vont
parfois jusqu’à nier contre toute évidence l’existence d’une nature commune,
au profit de l’individualité absolue de l’état naturel inhérent à chaque être
sensible. Parfois, l’esprit du Maître peut véritablement s’emparer de celui
des dévôts dans l’Hindousime et, avec leur consentement, les assigner
à leur service pendant d’innombrables vies. On comprend alors le poids de
la parole « s’abandonner aux pieds de lotus du Maître ». Les dévôts
jouissent alors d’une sorte de statut spirituel, puisqu’ils sont pourvus de
grâce au nom du Maître et qu’ils peuvent la diffuser, mais ils doivent pour
cela effacer leur identité propre. Savante et édifiante pédagogie pour gagner
sa nature divine en toute humilité, mais les bouddhistes ont une tout autre
perspective – presque contradictoire - que cette satellisation
spirituelle et la dépendance qui en découle presque nécessairement : ils visent la conquête
de leur liberté intérieure et de leur autonomie, qui s’exprime véritablement
une fois l’état de bouddha réalisé dans une Personnalité divine autonome libre
d’entraves pour aider les êtres. Le corps d’émanation nirmanakaya
qui émane spontanément du dharmakaya et de son ornement sambogakaya est habité par une Personne libre qui a réalisé sa nature.
L’activité des bouddhas entre eux s’harmonise naturellement conformément à
l’omniscience commune, sans aucun plan préétabli ni besoin d’aucunes concertations[16].
6/ Une cascade de reliques
Notre parcours se poursuit inlassablement au gré des campings et des reliquaires qui se succèdent. Pour que la perception d’une relique soit vraiment efficace, qu’on puisse pour ainsi dire s’intégrer à son champ de manifestation, il faut avoir réuni plusieurs éléments convergents : la lecture de la biographie du Saint(e), une certaine sympathie naturelle pour lui, une ouverture d’esprit propre à apprécier le caractère unique du moment présent. Une fois ces conditions opérantes réunies, on peut espérer recevoir un darshan par l’intermédiaire de la relique. Sinon, on est plus proche de la visite classique du musée. Ce qui n’a rien de déplaisant, surtout en Italie où les merveilles de l’art foisonnent un peu partout. Suit un flot impétueux de reliques : Assise, Pise, Florence, Montepulciano, Cascia, Padoue, visitées en un coup de vent dans le but unique que nous nous étions fixé tiennent leurs promesses et défilent sous nos yeux ébahis.
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Nous pouvons contempler entre autres de magnifiques manuscrits enluminées
dans des Livres d’heure à Sienne qui font la fierté de cette librairie.
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Et enfin nous rencontrons Sainte Gemma dans sa ville de Lucca qu’elle n’a jamais quitté. Sa biographie [17] est emblématique : une vie courte, rongée par la maladie, pleines de souffrances et d’extases ineffables, mais tournée vers le salut des âmes et le rachat de nos péchés. Un exemple certes admirable, mais qu’on a du mal à faire sien et un sort qu’on est pas prêt de vouloir assumer de sitôt.

Conclusion :
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| Jeanne d’Arc, incarnée mystiquement par Renée - Jeanne Falconetti dans le film de Dreyer |
Le christianisme nous conduit infailliblement vers la rédemption, mais son chemin est bien austère. Comme l’attestent des exemples tous concordants, il implique une soumission complète et une abdication de l’identité, afin que la volonté de la Trinité se substitue à celle de l’individu. Une connaissance divine par participation en résulte, qui laisse peu de place à l’initiative personnelle mais assure l’effusion des grâces.
.
[11] J’ai pour ma part rassemblé une véritable collection de petites médailles, et qui vient de connaître son point d’orgue avec la visite de la Médaille miraculeuse à Paris.
[12] On se reportera avec profit à la biographie à
l’adresse suivante sur le site de Roland Soyer déjà cité : « http://www.livres-mystiques.com/partieTEXTES/Majella/Majella.htm »
[13] Quelques précisions dogmatiques: « Théologiquement, le culte des reliques, comme celui des images, se fonde sur le respect dû aux saints en tant que membres glorieux du Christ, et sur l’idée qu’en vénérant les Saints à travers leurs reliques, on s’inspire de leur amour de Dieu, ou on aime Dieu à travers eux ; populairement, ce culte se fonde simplement sur la puissance bienfaisante et éventuellement miraculeuse qui est inhérente aux corps des bien heureux et qui se communique plus ou moins nécessairement – suivant l’importance du saint - aux objets ayant été en contact avec ces corps. L’idée d’une présence bienheureuse a été enseignée saint Cyrille de Jérusalem et d’autres Pères de l’Eglise, tandis que la thèse de la fonction moralisatrice a été soutenue surtout par les scolastiques. Il faut distinguer dans une relique trois forces différentes : la première est l’influence bénéfique inhérente à l’objet même ; la seconde est une énergie psychique surajoutée, qui provient des dévots et qui résulte d’un culte intense et prolongé ; la troisième est l’aide que le saint accorde éventuellement à partir du Ciel, indépendamment des deux précédents facteurs, mais se combinant avec eux, s’il y a lieu. La présence d’une force théurgique est plus certaine quand il s’agit de restes corporels, tels que des os ou du sang, mais elle n’en est pas moins probable, dans les cas d’objets ayant appartenu aux saints personnages ; dans le cas de personnes quasi divines, tels le Christ et la Vierge, l’inhérence d’une puissance théurgique dans le moindre objet les ayant touchés est même tout à fait évidente. Cette puissance n’agit toutefois pas à l’aveuglette : sa manifestation positive ou négative dépend de la nature de l’individu qui en bénéficie ou qui la subit, et aussi de toutes sortes de circonstances tant subjectives qu’objectives. » (F.Schuon, L’ésotérisme comme principe et comme voie, chapitre la fonction des reliques) L’efficacité de la relique qui agit comme puissance théurgique et catalyseur de darshan ne tient peut être pas tant à elle qu’à un ensemble de circonstances interdépendantes qui conditionnent son efficacité, ce qui explique des fausses peuvent avoir un effet réel et des vraies aucun effet s’il n’y a pas de récepteur adéquat. Il suffit de songer par exemple à la couronne d’épines qu’on vénère tous les premiers vendredis du mois à Notre – Dame qui ne doit plus avoir de véritables épines…
[14] La vie de Sainte - Philomène par elle-même : « http://paxtecumfilumena.free.fr/vie.htm »
[15]« Toute la doctrine
des Sacrements est donc tributaire du dogme de notre incorporation à Jésus-Christ.
Le baptême ne nous sanctifie que parce qu'il établit entre Jésus et nous
ce lien vital, grâce auquel la sainteté de notre Chef divin s'écoule en
nous, ses membres. Si la confirmation nous confère le Saint - Esprit, c'est
parce qu'elle fait de nous le mystique prolongement du Christ, sur qui repose
et en qui réside la plénitude de l'Esprit - Saint. Mais saint Thomas insiste
particulièrement sur cette union vivifiante à Jésus-Christ, quand il traite
du sacrement par excellence, de la divine Eucharistie. Pour lui, en effet,
« la grâce propre de ce sacrement, la res sacrameni, c'est l'unité
du Corps mystique ».A cette doctrine si nette de saint Thomas sur le
rôle de Chef qui revient au Christ, il faut ajouter ce qu'il enseigne sur
la diversité des membres qui constituent le Corps mystique de Jésus-Christ.
L'unité dans la multiplicité, c'est la loi qui préside à l'harmonie du monde;
elle apparaît non moins belle en cet organisme surnaturel qu'est le Corps
mystique. Car, nous dit le saint Docteur, comme dans l'ordre naturel, la
perfection qui se trouve en Dieu d'une manière simple et uniforme ne peut
se rencontrer dans l'univers créé qu'en se divisant et en se multipliant,
ainsi la plénitude de grâce qui est
toute réunie dans le Christ, comme dans la Tête se répand diversement dans
les membres pour que le corps de l'Église soit parfait. Tel est l'enseignement
de saint Paul aux Éphésiens (IV, 11 - 12) : Le
Christ a constitué les uns apôtres, d'autres prophètes, d'autres évangélistes,
d'autres encore pasteurs et docteurs, pour la consommation ou l'achèvement
des saints.
L'unité de l'Église se
trouve-t-elle compromise par cette diversité des fonctions? Bien au contraire.
La multiplicité des organes fait ressortir davantage la cohésion vitale
du corps humain et l'interdépendance de toutes ses parties; ainsi en va-t-il
du Corps mystique : « La diversité des états et des offices, dit saint Thomas,
ne détruit pas l'unité de l'Église, qui est garantie par l'unité de foi
et de charité; et par les services mutuels, selon la doctrine de saint Paul
aux Éphésiens (IV, 16). » Cependant la foi et la charité, et cette subordination hiérarchique
par laquelle « les uns sont appliqués au service des autres», ne constituent
pas les principes ultimes de l'unité du Christ plénier; la source première
de cette unité surnaturelle, pour saint Thomas, c'est le Saint - Esprit,
âme du Corps mystique, selon la doctrine de l'apôtre : Unum
Corpus, unus Spiritus. Tout comme dans le corps naturel, écrit notre
saint Docteur, les membres divers sont maintenus dans l'unité par la vertu
de l'esprit vivifiant, et se désagrègent dès que l'âme s'en éloigne, ainsi, dans
le Corps de l' Église, la paix est assurée entre ses divers membres par
la vertu du Saint Esprit qui vivifie le Corps de l' Église, comme l'enseigne
saint Paul aux Éphésiens (IV, 3) :
Tâchez de garder l'unité de l'Esprit dans le lien de la paix. Saint
Thomas, on le voit, nous fournit une doctrine précise et très étendue sur
le beau mystère du Christ plénier; nous n'avons fait qu'en indiquer les
lignes directrices. A ce qu'il vient de nous dire sur le rôle de la foi
et de la charité, et sur l'influence du Saint -Esprit, pour maintenir l'unité
du Corps mystique, il faut rattacher ce qu'il enseigne ailleurs plus au
long sur la nature de la grâce et des vertus théologales, et sur l'habitation
du Saint - Esprit dans l'âme des justes. On trouvera de la sorte, dans la
Somme théologique, et dans les autres oeuvres du Docteur
angélique, non plus une simple esquisse, mais une théologie complète sur
la nature et la vie du Corps mystique de Jésus-Christ. (Le Christ Chef mystique de l'Église, La
Vie Spirituelle, 1er Novembre 1934, N°182)