Voyage au pays enchanté de Sai Baba
par Protee

A 6h00 du matin, après une longue nuit de route indienne, j’arrive enfin à Puttaparthi qui fait figure de rose Oasis urbaine après les paysages tour à tour d’autoroute ou de campagne indienne. En tout cas les rues sont très propres, et en cette heure matinale, les sévaïtes de Saï Baba qui régulent les entrées dans l’Ashram sont les gardiens de l’aurore, les premiers levés, heureux de servir, qui illustrent à merveille la devise de l’Ashram qui figure en gros caractères au carrefour où je me trouve « Love all serve all ». En d’autre termes, le travail pour les autres c’est la santé spirituelle.
Quelques rickshaws qui portent la même devise accompagnée de portraits de Saï Baba se chargent par ailleurs de transmettre le message dans toute la ville et ses environs pour qui serait resté ignorant de ces bons principes.

En fait ici, même les mendiants respectent la parole de Baba, comme je le constaterais le lendemain en essayant de faire une aumône à l’un deux qui me dira que Baba ne veut pas qu’on donne d’argent, mais uniquement de la nourriture…ce qui me contraindra à une excursion au supermarché du coin.

J’en suis donc au point où je dois trouver un hôtel près de l’Ashram de Saï Baba, souhaitant éviter les inconvénients de la vie en dortoirs.. Heureusement, j’en aperçois un à deux pas de l’Ashram, et après avoir eu quelque difficulté à me faire obtempérer des chauffeurs de taxi Tiruvanamaléens dont la volonté et la confusion m’ont quelques fois embarassé, je décharge mes bagages et emménage dans la chambre. Le gardien de l'hôtel, les yeux noirs et brillants présente tous les inquiétants symptômes de l’intoxication par la Shakti dense qu’on sent partout dans la ville. En effet, ici tout le monde est dévôt de "Baba", et ceux qui ne le seraient pas n'échapperaient pas pour autant à son aura omniprésente...

Là je suis heureux de voir que je resterais dans l’ambiance générale, en effet, trois énormes portraits de Saï Baba m’attendent, dont un cadre qui n'entoure que le regard empli d’une lueur cosmique fort inquiétante de l'Avatar. Il y a même son fauteuil sur lequel j’imagine que Saï Baba est installé et me regarde, car comme il le dit lui-même, là où se trouve son fauteuil, il est aussi présent.

Là je paye les chauffeurs Tiruvanamaléens. Comme il font mine de rester et de me suivre dans les rues le contrat terminé, même après avoir reçu un peu plus que convenu, je dois les congédier un peu brutalement en leur signifiant que nous n’avons plus rien à faire ensemble. Peut-être est-ce la ville qui rends les gens collants, car je serais ici harcelé comme jamais par des enfants mendiants, même après leur avoir donné quelque chose.

Je pars donc faire un bref tour dans la ville, et j’apprends que Baba arrivera vers 9h00 ou 10h00, ce qui me laisse le temps d’aller somnoler un peu.
Finalement de ma chambre, je rate le premier Darshan, trop fatigué par le voyage et les évènements qui ont déterminés ma visite à Puttaparthi et je dors jusqu’à midi.
A 16h00, après avoir passé mon après midi en errance dans la ville et dans mon mental, je pars pour le Darshan.
Lorsque l’on entre pour la première fois dans l’Ashram, on est d’abord accueillie par un très grand temple à Ganesh, à qui il est interdit de faire des offrandes de nourriture, et qui semble n’en avoir pas besoin, tant il déverse sa tangible présence protectrice en abondance sur les fidèles.

Partout, le sol de la vivante terre pure que constitue l’Ashram est fait d’un matériaux gris doux, dur confortable et lisse, qui permet à tous de retirer ses chaussures comme c’est la coutume en Inde sans désagrément. Ce béton paraît incongru en Inde où les rues sont souvent en terre, et la mesure doit plaire au Occidentaux qui sont ici bien plus présent que dans tout les autres Ashrams que j'avais auparavant visités. De retour en France j'apprendrais même que des célébrités sont discrètement dévotes de Saï Baba tant est grande sa renommée et persuasifs ses arguments miraculeux pour qui est un tant soit peu attiré par eux. Peut-être aussi Saï Baba attire t'il tant de personnalités politique ou de célébrité en raison de la sphère dans laquelle il agit. En effet toutes ces personnes ont en commun d'avoir nécessairement un premier chakra actif , qui leur permet de déployer leurs activités politiques d'humoristes ou de sportif adulés parfois avec une réussite certaine. lIl est donc logique qu'elles soit attirées par lui et perçoivent en Saï Baba ce pouvoir pour lequel elle ont du goût.

Je dois maintenant rentrer dans le temple et me soumettre à une désagréable fouille au corps systématique et poussée un peu loin à mon goût par des indiens au regard brillant voire même un peu trop, même pour le lieu. La mesure bien compréhensible si l’on songe au nombre de fous que Saï Baba doit attirer n’en est pas moins particulièrement désagréable. Peut-être est l'effet de la Shakti spéciale de Saï Baba et des perversions que son apparence un peu inquiétante semble avoir pour but de purifier.
Le Hall de Darshan est immense, et bien peu de personnes y sont présentement en regard de sa taille.
Au fond de la salle se trouve un immense temple dont on aperçois quelques statues. Le tout paraît quelque peu kitch et un peu trop propre pour ne pas être artificiel. Inquiétant même en devient le sentiment de sécurité que l’on ressens, qui semblant surgit de nulle part, n'est à la réflexion que trop conditionné par la présence de Baba et ce cadre impeccable pour ne pas être ressenti comme impermanent.
J’aperçois d’ailleurs qui longent le temple, les appartements les mieux placés de l’Ashram dont la vue plongeante sur le temple témoignent que plus d'un indien où d'un occidental a fini par succomber à la tentatrice atmosphère du lieu.

Je me trouve une place pas trop loin du passage de Baba, et commençe à patienter.
Tout est parfaitement réglé par des hordes de sévaïtes au foulard bleu pour les hommes, jaune pour les femme, quelque peu infantilisant autour du cou, aux yeux noirs et la peau sombre comme l’ont les indiens de cette région.


Regardant autour de moi je m’aperçois que nombre de gens ont des bagues à l’effigie de Saï Baba au doigt, qui semblent bien être des matérialisations du maître de maison, bien que rien de permette de l’affirmer.
Mon voisin de gauche m’adresse d’ailleurs inopinément la parole pour me montrer un photo de Saï Baba tendant une mains noyée de lumière à un dévôt « He is materializing something » me dit t’il.
Pas de doute, où je me trouve, il est arrivé de drôles de choses, et j’espère bien qu’avec un peu de chance je pourrais assister à certaines d’entre elles.
Regardant les gens, je note que le public n’est pas du tout le même que celui entourant les autres Maîtres que j’ai déjà rencontré. Ici nombre de gens ont l’air plus perdus ou plus « rajasiques » qu’ailleurs, ce qui correspond bien à l’aura de matérialité dont est paradoxalement entouré Saï Baba, car il semble agir dans un plan plus proche du matériel que les autres maîtres.
Arrivent les bhajans. Préparé au pire par les récits d’une amie, le volume est pourtant tout à fait acceptable, et bien que n’étant pas gagné par l’ivresse de la Bhâkti, en regard de leur faible musicalité, ils se laissent écouter.
Finalement Saï Baba ne viendra pas cette fois. Même si son corps ne semble plus lui appartenir depuis longtemps, le Darshan biquotidien n'est pas pour autant robotisé, et certaines fois Baba ne vient pas au rendez-vous.

Un autre jour, j'arriverais plusieurs heures à l'avance pour me plaçer le plus près possible du passage de son fauteuil roulant. Cependant d'invisibles règles de placement régissent les rangs et je ne réussirais pas à être suffisamment proche pour pouvoir espérer recevoir de la Vibhutî surnaturelle.
A un signal, des hordes de sévaïtes sortent d’entre les rangs et accroupis face à la foule, gardent le passage par où Baba doit arriver.
L'atmosphère change, et l'attitude des gens également, certains le regard implorant ou plein d'attente et les mains jointes tentent de se lever pour l'apercevoir mieux, ou peut-être pour être aperçus. Heureusement les sévaïtes qui garnissent la foule sont les garant de l'ordre et intiment aux contrevenant de s'asseoir à grand renfort de gestes saccadés afin que chacun puisse voir Saï Baba. Certaines fois cependant il perdront temporairement la bataille alors que toute la foule se lèvera, mais reprendront la main peu après.

Certains jours aussi, Baba arrive en voiturette électrique et se rend directement sur l’estrade par ce moyen, mais aujourd'hui mes efforts n'auront pas été vains, et Swami empruntera le chemin qui passe à travers les rangs, son fauteuil poussé par quelques privilégiés que l'on imaginera volontiers hauts dignitaires des organisations caritatives de Baba, où généreux donateurs. Cependant peut-être sont-ce tout simplement des homme du commun que leurs mérites antérieurs auront conduits à gagner de façon presque incompréhensible l'insigne privilège de pousser le fauteuil de l'Avatar.
Baba passera ce jour plus de temps qu'à l'accoutumée sur l'estrade, et passera son regard mystérieux sur la foule assemblée pour lui. Ce qui est sûr c'est que quelque chose de spécial arrive ici, mais difficile de dire quoi, bienheureux sera celui qui percera le mystère d'un Avatar. Ainsi que le dit Mère Meera, il est possible de rencontrer un Avatar, mais reconnaître un Avatar pour ce qu'il est réellement requiert des années de tapasya et de véritable aspiration. Cependant peut-être peut t'on se risquer à avancer que le Darshan de Saï Baba semble remettre en état de marche le chakra de l'indépendance, c'est à dire le premier, aussi paradoxal que cela semble si l'on considère le nombre de personnes agglutinées à Saï Baba, mais peut-être est-ce simplement que ces personnes n'ayant pas trouvés les outils permettant de s'alimenter soi-même sont de fait dépendantes du maître et de sa grâce toujours renouvelée.
Tout au long de ce mouvement bien encadré et dans un calme relatif - les dévôts sont étonnemment peu excités -, Saï Baba se comporte le plus simplement du monde, nullement troublé par les marées qui l'environne, et semble silencieusement faire partie de tout cela tout en en étant distinct, non à la manière d'une star habituée à la foule, mais plutôt à la manière d'un témoin qui contemple un spectacle dont il possède les clés.
Puis arrive la cloche de l'aratî qui interromps les bhajans et en oblige certains plus sensibles peut-être ou moins avançés dans l'art d'entendre chaque son comme le son du mantra à se boucher les oreilles tant la cloche est assourdissante.


Certain autre jour Swami ne restera que très peu de temps face à la foule avant de repartir bien vite après une brève visite au temple entouré de quelques privilégiés, une certaine déception poignant alors dans l'esprit de certains spectateurs.

Le corps que l’on aperçoit dans sa tunique orange semble en effet bien vieux pour pareil exercice, et saisit un instant d’un doute l’esprit s’y attache pour se consoler de ne l’avoir vu qu’aussi peu et d’aussi loin et se dit qu’à son âge l’exercice doit être bien fatigant.et que le pauvre à bien droit à un peu de repos.
Cependant bien vite on se reprends et l’on se dit qu’un Avatar cosmique est dit habiter en ce corps qui lui ne doit pas être sujet à la fatigue de l’âge de même qu’un corps ordinnaire.
Peut-être que la lumière bleu qui s’est un jour incarnée dans le sein de sa mère terrestre, ainsi que cette dernière en a fait le récit, a besoin de ce corps pour répandre ses grâces énigmatiques sur le monde, et que ce dernier est soumis à certaines contraintes qu'il accepte d'assumer pour un temps, mais peut-être aussi que le roi n'accepte de se plier à la loi de l'impermanence que pour rappeller à ses disciples la loi du monde immuable et que la mort se rapproche de tous avec une preste lenteur.

Les autres jours, j’apercevrais Sathya Saï Baba d’un peu plus près et prendrais un peu plus conscience de la Puissance qui habite ce corps mais je n’aurais pas la chance d’assister à une matérialisation de Vibhûti ou autre, et rentrerais donc sans bague au doigt de chez Saï Baba….

Cette ville qui a grandie à mesure que la renommée de Saï Baba croissait est maintenant pleine d’activité et pleine de la présence de Saï Baba et de sa Shakti qui depuis 1926 l’a perfusée dans ses moindres recoins, si bien que même l’activité bourdonnante qu’on y trouve quand vient la nuit est accueillie comme un complément agréable de l'atmosphère numineuse et englobante qui s'y déploie.

Il est aisé de comprendre au final pourquoi tant d’occidentaux blessés ou perdus viennent y trouver refuge, comme cette fragile russe quémandant de l'argent pour pouvoir rester ici en attendant un envoi d'argent de sa famille que je croiserais. Ici les petites abeilles sont seulement un peu spirituelle, mais surtout pour beaucoup en recherche d’une oasis où partout s’étend la sécurité et le bien être de la Shakti si facile à butiner présente ici en abondance inégalée peut-être dans le monde.

L’Ashram, immense, qui compte des immeubles et des immeubles où habitent les je crois 20 000 résidents et dévôt est sur ce point instructif pour qui en a fait le tour a la nuit tombée. Là, les gens devisent entre voisins dans toutes les langues, et l’on sens qu’ils ont trouvé là une certaine paix dans ce monde d’agitation. Cependant, peut-être ont t’ils également perdu de vue que le dévôt qui est en recherche de sa vraie nature ne peut être nourri par le maître qu’un temps, sans quoi les véritables ailes de la liberté ne peuvent pas pousser.
Tous ces petits oiseaux dévotionnels devront donc bien un jour ou l’autre tomber du nid confortable qui s’est forgé autour de Saï Baba. Et comme les Saï Baba ne courent pas les rues, et les coureront peut-être de moins en moins à mesure que le Kali Yuga s’avançe, peut-être ce cours passage dans une terre pure pourrait t’il être suivi de lendemains difficiles si judicieux profit n'en est pas tiré par l'exercice d'une Sadhâna permettant de trouver en soi la Source même de la grâce du Maître…